Archive for the ‘Déchets etc.’ Category

Un parcours de déchets

dimanche 13 juin 2010 à 22:44

De retour en Bretagne, Watch the Waste vous propose de découvrir la cartographie de son parcours: 11000 milles à travers les déchets de l’Atlantique Nord !

Cliquez sur l’image pour l’agrandir… vous y découvrirez le positionnement des déchets rencontrés au cours de ce périple au coeur d’un océan de plastique !

Sargassum plasticum

vendredi 30 avril 2010 à 16:31

Après deux semaines d’escale à Cuba, l’équipe Watch the Waste est repartie le 16 avril de Santiago pour rallier les Bermudes. Cette navigation annonce la fin des régimes de vents établis et le retour des systèmes dépressionnaires  dont il faut se méfier, même à ces latitudes.  Prudence et vigilance sont donc de mise pour rallier cet archipel perdu au milieu de l’atlantique rendu célèbre pour ses histoires de dérèglement magnétique et de naufrages.  Cette navigation constitue également l’étape phare de Watch the Waste en traversant la fameuse mer des Sargasses réputée pour concentrer une grande quantité de déchets.

La navigation commence sur les chapeaux de roue, Il faut d’abord s’extirper de la côte cubaine contre vents et courants, les rafales dépassent les 30 nœuds, la mer est formée, nous retrouvons le plaisir du prés et des embruns, la gite est forte, le bateau tape, le taux d’humidité bat des records, vive la voile ! Au bout de 30 heures un peu pénibles, nous passons la pointe Est de Cuba, nous pouvons abattre, faire sécher le bateau et accélérer sur une route quasi directe.

Au lever du jour, alors que nous nous trouvons au milieu des Bahamas, nous apercevons sur l’eau une très grande quantité d’algues. Pas de doute, c’est de la sargassum. Parfois en  gigantesques amas circulaires, d’autres fois en filaments orientés dans le sens du vent, la concentration est impressionnante. Nous tentons de faire un lien entre la présence des algues et les courants avoisinants, difficile à dire, a priori, elle serait plus dense dans les phases de transition.

En fin de matinée, nous remarquons que ces algues ne voyagent pas toujours seules et pendant un quart d’heure les amas de sargassum observés renferment une grande quantité de plastique. Pains de polystyrène, sacs, flacons, bouchons, bidons, couverts,  bouteilles ; le plastique sous toutes ses formes emprisonné dans les algues et condamné à dériver avec elles au gré des vents et des courants. En observant plus précisément à l’étrave du bateau, nous remarquons que les déchets ne se trouvent pas uniquement en surface, et qu’une densité toute aussi impressionnante flotte entre deux eaux,  à quelques mètres de profondeur.  Au bout d’une vingtaine de minutes, les algues et les déchets se font moins nombreux, la mer reprend son apparence naturelle.

Le constat est simple, en moins d’un quart d’heure, nous avons vu plus de déchets en pleine mer qu’au cours de tout notre itinéraire passé.  Cette fois c’est certain, la concentration de déchets est bien au rendez-vous.
Le bateau se transforme alors en véritable observatoire. Nous mettons en service notre chalut avec son filet planctonique, à raison de  deux à trois cession de vingt minutes de chalutage par jour. Des phases d’observation approfondies se succèdent à la proue, le positionnement et le détail des déchets observés y sont minutieusement notés afin d’alimenter notre base de données. Dans le même temps nous poursuivons notre observation de tous les jours, dans la peau du navigateur lambda.

Nous rencontrerons d’autres zones de forte concentration sur le reste de notre parcours. On notera tous de même que les plus grosses quantités détritiques ont plutôt été observées au Sud, à la sortie des Bahamas. Cela dit, les conditions de mer forte des deux derniers jours de navigation ont peut être masqué des quantités toutes aussi importantes que lors des premiers jours.
Nous atteignons la pointe Nord Est des Bermudes dimanche 25 avril au petit matin, la mer et le vent nous offrent un peu de répit, le soleil est au rendez vous et après avoir reçu l’autorisation de radio Bermudes, nous nous engageons dans le chenal de St Georges, unique port d’entrée de l’archipel.

Tout l’équipage semble satisfait de cette navigation, nous avons pu profiter de bonnes conditions météo et les observations effectuées ont été fidèles aux prévisions.  L’équipe est désormais en train de rassembler ses résultats, afin de vous offrir prochainement une vision cartographique du phénomène. Notez que d’autres zones réputées pour leurs déchets sont à suivre, notamment au départ des Bermudes lors de notre transat retour vers les Açores.

Depuis notre arrivée, les dépressions violentes s’enchaînent sur l’archipel et nous subissons actuellement des rafales à 60 nœuds au mouillage de St Georges, espérons que la situation météorologique s’améliore d’ici notre départ !

Toujours plus à l’ouest… Cuba

mercredi 28 avril 2010 à 18:54

Enfin des nouvelles de l’équipe de Watch the Waste, après quelques semaines de coupure !
Comme prévu, le connections Internet cubaines ne nous ont pas permis de mettre à jour le site, c’est donc depuis les Bermudes, point de départ de notre Transat retour que nous prenons le temps de vous raconter ces quelques journées dans un pays pas comme les autres…

L’arrivée à Santiago a été marquée par les formalités d’entrée, qui à Cuba, pour les grands voyageurs, prend l’allure d’un défilé d’autorités inoubliable. Avant que des représentants de toutes les administrations concernées ne soient passés à bord, il nous est interdit de poser le pied à terre. Les services sanitaires ouvrent le bal pour évaluer notre bonne santé, et pulvériser de l’insecticide dans la cabine. Rien à signaler, nous pouvons descendre notre pavillon de quarantaine. Puis, les services phytosanitaires viennent inspecter nos fruits, nos légumes et nos produits alimentaires emballés. Là, l’inspecteur découvrira un ou deux moucherons suspects : quelques paquets de pâtes et deux ou trois citrons verts nous sont réquisitionnés pour analyse. Viendront ensuite l’immigration, les douanes, les services vétérinaires… Au bout de cinq heures, les formalités sont officiellement terminées ! Bienvenue à Cuba !

Alcavelis au ponton de la marina Punta Gorda

Alcavelis au ponton de la marina Punta Gorda

Avant d’accoster, une odeur forte de goudron et de souffre était venu accompagner notre approche de Santiago. Au dessus des pontons de la presque marina, deux cheminées crachent des fumées que nous ne pouvons qu’associer à cette atmosphère chargée. La baie de Santiago accueille en effet de nombreuses industries et notamment une raffinerie de pétrole et une cimenterie. Aussi malgré un paysage encore très préservé, la présence de l’homme se ressent ici sur une tonalité très industrielle. Nous apprendrons plus tard que le cas de la baie de Santiago n’est pas isolé, mais que presque tous les sites industriels littoraux de Cuba sont marqués par l’absence quasi-totale de dispositifs de préventions et de maîtrise des pollutions. Situation qui, dans un contexte marqué par l’éternelle poursuite de l’embargo américain, ne semble pas pouvoir trouver d’issue immédiate.

Les spécificités cubaines sont trop nombreuses pour pouvoir être décrites en un court article. De même, notre escale n’aura pas été suffisamment longue pour entrevoir l’étendue des paradoxes qui animent l’île. Mais voici néanmoins quelques constats et informations récoltées lors de notre séjour dans un des derniers pays communiste au monde.

UNE ILE A DEUX VITESSES
A Cuba, deux économies coexistent. Ceci tient à la présence de deux monnaies : l’une, dite peso convertible, le CUC, et l’autre, le peso non-convertible ou monnaie nationale, le CUP. Il faut 25 pesos non-convertibles pour faire un CUC. Pour exemple, les cubains reçoivent leur salaire de l’Etat en monnaie nationale (le salaire moyen de 250 CUP équivaut à une douzaine d’euros), auquel s’ajoute la ration hebdomadaire individuelle, donnant accès à chacun au minimum alimentaire vital. Le CUC est avant tout la monnaie du tourisme, qui constitue la seconde ressource économique de l’île. Il est ardu pour le visiteur de payer quoi que ce soit en monnaie nationale. Magasins, hôtels, restaurants, et même certains services de transport affichent donc leurs tarifs en CUC, tarifs absolument inaccessibles pour les habitants. Ainsi, le coût de la vie pour le visiteur est comparable à celui des pays les plus riches, bien que le niveau de vie cubain soit un des plus faibles au monde. De fait, il existe une barrière entre les visiteurs et les habitants. L’équilibre économique de Cuba tient donc tant à la reproduction des habitudes de consommation des visiteurs occidentaux, qu’à leur relatif isolement vis-à-vis de la vie réelle des cubains.

Santiago

Santiago

Pour le touriste, donc, la situation politique du pays (l’embargo notamment) passent presque inaperçus. Rien ne rappelle que le moindre restaurant est une activité étatique et que le bœuf qui y est servit n’est pas disponible dans les commerces pour les cubains.

DES DECHETS PAS COMME LES AUTRES?
A cette économie à deux vitesses, correspond bien évidemment une consommation qui se joue sur différents plans. Lors de nos rencontres avec les habitants, beaucoup nous ont fait comprendre qu’il y avait moins de déchets à Cuba qu’ailleurs, parce que l’accès aux biens de consommation y était très limité. Ceci est confirmé par les statistiques officielles qui évaluent à 500gr. en moyenne la masse de déchets produit chaque jour par chaque cubain (En France, ce chiffre approche les 1,5kg). Mais ces statistiques excluent totalement l’impact de la consommation touristique sur l’île.
Concernant le recyclage, si aux dires de la plupart des habitants il est inexistant, la récupération et le réemploi sont ici une réalité quotidienne. Un sac plastique n’a pas deux, mais dix vies. De même avec la bouteille de soda ou d’eau minérale. Par ailleurs, on peut observer, un peu partout, des récupérateurs de rue : chargés de gros sacs, ils ramassent les canettes de boisson et autres emballages aluminium délaissés dans les poubelles publiques.
Il existe une usine de recyclage à Santa Clara au centre de l’île. Celle-ci est censée traiter la totalité des déchets recyclables collectés dans l’ensemble du pays. Selon l’association ProNaturalezia, l’usine fonctionne. Mais un seul centre pour l’ensemble du territoire reste largement insuffisant. De même, à l’échelle domestique, le tri sélectif n’existe pas. Des expériences ont été lancées dans le centre de la vieille ville de la Havane. Mais, à ce jour, les moyens pour étendre la mise en place d’un système raisonné de gestion des déchets sont inexistants. Sans collecte organisée ni moyens fiables pour transporter les résidus jusqu’au centre de traitement, l’usine de Santa Clara peut continuer de tourner, mais elle risque de le faire à vide
A la télévision nationale, des spots publicitaires encouragent chacun à pratiquer le tri sélectif. Mais, à la Havane par exemple, l’ensemble des déchets collectés par les services municipaux est directement stocké dans une décharge à ciel ouvert, à quelques centaines de mètres de l’aéroport international. Les déchets sont entreposés puis incinérés, à l’air libre.

Cette situation correspond à celle que nous aurions pu observer dans n’importe quel pays dit en développement. Pour autant, Cuba reste un cas à part. Face à l’embargo qui continue, les attitudes sont diverses, mais bien souvent marquées par une forme de frustration de l’ailleurs. Nombre d’entre ceux que nous avons rencontré nous ont demandé de leur faire une petite place sur le bateau. Beaucoup semblent tout simplement impatients de pouvoir accéder à ce qui symbolise aujourd’hui l’extérieur du pays : internet, les téléphones portables et autres symboles extérieurs d’un standard de vie à l’occidentale. Cette aspiration se fait d’autant plus prégnante que de nombreux cubains ont réussi à fuir le pays pour les Etats-Unis et parfois l’Europe ; ceux-là sont souvent, à demi-mot, présentés comme des exemples à suivre.
Dans une île de Cuba encore très marquée par les héros d’une révolution déjà ancienne, les aspirations au changement sont très facilement perceptibles. Mais quel est réellement l’objet de cette aspiration ? De quel changement parlons-nous ? S’agit-il d’une ouverture tant attendue au reste du monde ou plus prosaïquement, d’un désir individuel profond, bien qu’à peine avoué, de pouvoir s’enrichir et consommer, en toute liberté ?

Depuis les hauteurs de la ville, Santiago sendort

Depuis les hauteurs de la ville, Santiago s'endort

Il y a bien du plastique dans l’Atlantique !

mardi 16 mars 2010 à 20:00

Le mois dernier, SEA (Sea Education Association) a révélé le résultat de plusieurs années de prélèvements détritiques, au fil de leurs croisières éducatives en Atlantique.

- Copyrights SEA

- Copyrights SEA

En vingt ans, plus de la moitié des analyses de prélèvements réalisés dans les Caraïbes et au large des côtes américaines (6100 au total!) ont révélé la présence de micro-débris plastiques (64000 débris au total d’une taille d’1cm² pour les plus gros). Il s’agirait essentiellement de plastique de faible densité, celui que l’on retrouve dans la fabrication des sacs de supermarché notamment.

Plus intéressant encore, Kara Lavender Law, en charge des recherches océanographiques pour SEA, souligne que la densité maximale estimée s’élèverait à 200000 débris par kilomètre carré. Elle affirme également que “plus de 80% des débris prélevés se situent entre le 22° et le 38° degré nord”. Bien que très élargie encore, cette latitude nous permet aujourd’hui de situer avec plus de précisions la zone probable d’agglomération de déchets en Atlantique Nord: entre le nord de Cuba, et Philadelphie ! La prochaine étape pour SEA est de déterminer une frontière orientale à cette zone d’agglomération: étape à laquelle Watch the Waste s’engage d’ores et déjà à participer activement !

Bien que beaucoup de médias affirment déjà l’existence d’un “continent de déchets en Atlantique Nord”, l’équipe de SEA reste plus prudente en rappelant, comme le soulignait déjà l’équipe de Charles Moore à propos du Great Pacific Garbage Patch, qu’il s’agit avant tout d’une forme de “soupe plastique”: les débris collectés sont suffisamment petits pour ne pas être visibles à l’oeil nu,  depuis le pont d’un bateau ou même depuis les plus puissants des satellites

Pour aller plus loin:

- Article BBC: 24/02/2010

- Article National Geographic : 02/03/2010

- Article Le Monde (en français) : 05/03/2010

Un carnaval à méditer?

mercredi 24 février 2010 à 18:46

Après quatre mois d’expédition, Watch the Waste est de retour en France! Mais ce bout de France là ne ressemble à aucun autre, surtout lorsque l’on y accoste pendant les jours gras: à la Martinique, entre le dimanche qui le précède et le mercredi des cendres, c’est Kawnawal!
Bon gré, mal gré, l’équipe de Watch the Waste découvre en arrivant au Marin, une île en pleine effervescence, où chacun semble n’avoir qu’un mot à la bouche… Le carnaval est ici une véritable fête nationale dans laquelle la plupart des martiniquais semblent s’investir corps et âme! Un indice de cette ferveur populaire: tous les commerces de l’île ferment à midi pendant toute la durée du carnaval!


Les diables rouges sont de sortie! C’est Mardi-gras à Fort de France!

Mais, cette année, le carnaval avait des raisons de remporter un succès populaire inégalé: l’année dernière, les grêves contre la ‘pwofitation’, avaient bloqué l’organisation de ces festivités. Aussi, en 2010, tout le monde attendait avec impatience les jour gras du mois de février.
Les festivités commencent dans l’île dès le mois de janvier: élection des reines (une par village), petits spectacles burlesques et autres foires. Mais c’est tout au long de l’année que chacun travaille au point culminant de la fête pendant les 4 jour gras du carnaval: fabrication des chars ou confection des costumes pour les danseuses et les musiciens, chaque groupe participant se livre à une compétition sans grand enjeu, si ce n’est celui du plaisir de la fête.
Les origines de ce carnaval remonteraient au prémisces de la colonisation sur l’île. Il se déroulait alors à Saint-Pierre, et a connu se heures de gloire jusqu’à l’éruption de la montagne pelée. La forme actuelle du carnaval est plus récente et apparaît comme un métisage entre culture africaine et carnaval tropical, à l’image de celui de Trinidad ou de Rio.

Pour ce qui est du rite populaire, la fête commence véritablement le dimanche avec la présentation du “vaval”, un mannequin géant, personnage emblématique de la célébration, objet des moqueries constituant le centre de gravité de ces quatre jours d’euphorie. Cet année, le vaval qui représente en général un homme politique ou une célébrité, avait pri la forme d’un gros banquier tenant dans ses mains des liases de billets. Ce jour là, chaque ville et village de la Martinique envoie chars, danseurs et musiciens vers Fort de France où se déroule la grande parade du Carnaval. Le lundi est dédié à l’innversion des sexes et au mariage burlesque: les hommes se travestissent en femme et inversement. Le mardi-gras est le jour de la sortie des “diables-rouges”, véritable symbole du carnaval martiniquais, et jour de l’apogée des festivités. Ceux-ci défilent dans les rues et sont censés effrayer les enfants. Enfin le mercredi, on annonce le matin la mort de Vaval et la ville défile endeuillée de noir et de blanc: au crépuscule on brûle le mannequin pour achever les festivités.

Si nous nous attardons à vous décrire cet événement qui pourrait sembler à certains très éloigné de l’objet de notre périple, c’est tout d’abord qu’une telle ferveur populaire ne saurait laisser qui que ce soit de marbre. Mais plus encore, il nous est apparu que cette célébration mettait en scène quelque chose qui pouvait ressembler à ce que nous traquons sur les mers depuis le début de ce voyage: le déchet. La tradition carnavalesque est depuis toujours associée à une forme de lacher-prise où tout tourne autour de l’excès. Dans la tradition chrétienne, le mardi-gras est un jour d’excès où l’on consomme de la viande avant le jeun du carême.
Les formes plus contemporaines du carnaval perpétuent cette dimension de l’excès et lui donnent corps en général à travers des manifestations publiques. A cette abondance de décors, de couleurs, de gestes, de cris, de chants, le carnaval martiniquais apporte une touche de dérision où les questions politiques sont placées au coeur de la fête. Chacun participe à construire cela même que la manifestation collective va amener à détruire. En effet, Vaval, le personnage clé du carnaval est fêté pendant trois jours, mais, en dernier lieu, ce que l’on célèbre, c’est sa destruction par le feu. De même avec les chars qui seront brûlés à la fin de la fête.

Ce que nous souhaitions souligner ici, c’est le caractère presque vital de ce qui se joue dans les pratiques de mise au rebut. Ce que l’on rejette et que l’on veut voir diparaître définit les frontières d’un extérieur: la communauté se fonde sur ce qu’elle refuse de voir s’insérer en elle. En bref, il y a de la vie dans le déchet et dans les rites qui le mettent en jeu.
En d’autres termes, il n’y a de superflu que dans l’abondance. Le carnaval met en scène cette abondance vécue par tous comme un moment libérateur, peut-être parce que pendant ces quelques jours, ce qui à tout autre moment aurait été vécu comme un pur gaspillage est alors compris par tous comme un acte vital. Par extension, il est possible de considérer l’acte qui fait le déchet comme un geste qui libère, ponctuellement, celui qui jette de ce qui l’encombre. Par ce geste, l’individu marque on appartenance à une communauté, celle des consommateurs. Jeter devenant alors un moyen d’accéder à un statut privilégié, car en effet, ne jette que celui qui a possédé.

En guise de conclusion, revenons-en à des constats plus terre à terre. Un carnaval ne se fait pas sans déchets bien concrets: bouteilles platiques, emballages polistirène pour déjeuners à emporter… et la côte de Fort de France, balayée par les vents d’est s’ouvre à l’ouest sur une baie qui, sans nul doute, aura gardé quelques traces de ces jours d’euphorie nécessaire.

Une transatlantique en chiffres et en déchets…

dimanche 31 janvier 2010 à 23:08

Avec un peu de retard, voici les dernières nouvelles de l’expédition Atlantique de Watch the Waste !
Partis le 7 janvier de Mindelo sur l’île de Sao Vicente au Cap Vert, c’est quinze petits jours plus tard, le 22 janvier, que nous avons retrouvé la terre, de l’autre côté de l’océan. C’est depuis Port Louis, à Saint George, sur l’île de Grenada, que l’équipage trouve enfin le temps d’écrire le récit de cette traversée vers l’ouest.

Nous avons eu la chance de rencontrer des conditions très favorables: les alizés nous ont porté, comme prévu, avec régularité jusqu’à destination. Le vent, oscillant de Nord Est à Est Sud Est est resté autour des 25 noeuds. Seule la mer croisée est venue régulièrement troubler la quiétude de l’embarcation.

Il a donc fallu barrer pendant l’essentiel de cette transatlantique ! Nos pilotes automatiques se laissant trop souvent embarquer et rendant acrobatique toute forme d’activité dans l’habitacle, la barre s’est imposée comme solution pour maintenir un calme relatif dans le carré. Mais à quatre, les quarts de 2 heures ne sont pas trop contraignants. Chacun pouvant pendant 6 heures mener sa vie comme il l’entend: lire, manger, dormir, cuisiner… Le rythme de la vie à bord s’est donc mis au tempo d’une traversée océanique plutôt sportive : une simple question d’endurance !

Parce qu’il serait fastidieux de raconter ici les quelques centaines de manoeuvres effectuées, les grains traversés, les coups de chaud subits et autres pétoles de nuit, soulignons simplement qu’Alcavelis a filé un petit 6 noeuds de moyenne sur l’ensemble de cette transatlantique !

Au large, toujours des déchets…
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Non, Watch the Waste n’a pas encore traversé un continent de déchets. Aucun garbage patch n’a été identifié sur cette première traversée océanique. Mais, le contraire aurait été pour tous une grande surprise ! Néanmoins, au fil des jours, c’est une dizaine d’objets flottants que l’équipage a pu recenser, et ce à plus de 500 milles nautique de toute côte. Là encore, la récolte reste comparable aux précédentes: bouteilles plastiques, polystirène, pot de peinture ou encore couvercles orphelins, autant de traces de l’homme dans un environnement apparemment désertique. Une perle toutefois : le 14 janvier à 16h17, Watch the Waste a croisé une chaussure de basket, en plein milieu de l’ATlantique !

Si chacun peut penser qu’une dizaine de déchets observés sur quinze jours reste un résultat bien maigre, il faut considérer que ces constats n’ont pû être effectués que sur une proportion très symbolique de l’océan. Notre champ d’observation se limite à une vingtaine de mètres autour du bateau. Et il n’est possible d’observer ce qui flotte à la surface de l’eau qu’avec la lumière du jour.

Ces différentes contraintes nous ont poussé à sortir notre calculatrice pour proposer à nos lecteurs, une fois n’est pas coutume, quelques chiffres à prendre avec des pincettes !

Sur une distance totale de 2200 milles, nous avons balayé une surface d’océan de 165km² environ. Si on ne prend en compte que les périodes de jour, où l’observation des déchets est possible, ce chiffre retombe à 83km². L’Atlantique s’étend sur environ 106 millions de km². Après calcul, nous avons donc pû observer 0,00007% du désert océanique ! En extrapolant ce chiffre, si l’on considère que l’on croise une dizaine de déchets sur 0,00007% de l’océan, il devrait être possible de comptabiliser plus de 13 millions d’objets flottants, à la dérive sur l’Atlantique !

Bien que le caractère scientifique de ces données soit très largement discutable, elles constituent un point de repère pour cette première expérience d’observation des déchets transocéanique. Et il ne s’agit ici que des résidus visibles !

Pour ce qui est des micro-particules plastiques, nous avons effectué différents prélèvements planctoniques au fil de la traversée. Les analyses de densité seront faites dès notre retour, et nous pourrons alors proposer des résultats plus fiables.

Les déchets d’à bord !

Cette première expérience de navigation de longue durée a été pour nous l’occasion de nous confronter à nos propres déchets. Vivre à quatre pendant quinze jours sur un espace de quelques mètres carrés implique une reflexion sur la gestion des détritus à bord. Si les résidus organiques peuvent être, sans culpabilité, jetés directement à l’eau, que faire de ce qui constitue aujourd’hui le volume essentiel de notre production détritique: les emballages !

Au fil des jours, les coffres arrières du bateau se sont emplis de ces restes jusqu’à saturation. Les deux derniers sacs poubelles ont donc finit dans un des placards intérieurs, qui n’a, bien sûr, pas manqué de s’ouvrir et de se répandre dans l’habitacle après quelques départs au lof incontrollés ! Quelques jours de plus, et la perpsective de l’envahissement détritque aurait bien pû devenir une réalité ! Au bilan, nous avons généré près de 8kg de déchets d’emballage auxquels il faut associer une douzaine de kilogrammes de verre. Soit 20 kg environ pour une quinzaine à quatre. Rapporté aux 353kg de déchets annuels produits par chaque français (Source:ADEME), notre moyenne est plutôt bonne! Mais il reste intéressant de constater que malgré nos conditions de vie très particulières, nous n’avons pû échapper à cette production détritique, qui caractérise aujourd’hui encore, notre mode de vie.

A ce bilan, il faut ajouter ce que nous n’avons pas sû garder à bord ! Une écoute de spi perdue par 4000 mètres de fond et dont le mousqueton a cédé après un affalage approximatif; et un seau (en plastique!) dont l’anse s’est décrochée en plein remplissage. Cette dernière fortune de mer (si de fortune de mer il s’agit!) a été l’objet d’une tentative échouée de récupération: affalage du spi, et remontée au près sur quelques milles n’auront pas suffit à retrouver notre seau !

Bref, de quoi donner du crédit au principe de l’arroseur arrosé !

Terre en vue !

Après quinze jours où, pour seul horizon, s’étendait tout autour de nous le cercle océanique, la terre est apparue. Tobago et sa côte nord encore sauvage nous ont offert un spectacle mémorable. Des collines abruptes tombant dans l’eau où se concentrent une végétation tropicale luxuriante. Et bien que Colomb n’y ai jamais mis les pieds, à bord, le sentiment d’être dans les pas des découvreurs de l’Amérique !

Mais, très vite, les rêves d’aventures ont perdu de leur superbe et, à peine le pied posé à terre, la réalité du monde contemporain s’est rappelée à nos souvenirs. De gros 4×4, des baraques proposant au visiteur des fish’n chips et autres guest houses jalonnent la côte de Charlotteville. Le tourisme s’est ici imposé comme norme, et ce, en moins de dix ans. Nous ne resterons que quelques jours à Tobago pour reprendre quelques forces et commencer rapidement notre remontée vers le Nord…

Bienvenue dans les Caraïbes !

La baie de Hann à l’heure de Copenhague…

mardi 08 décembre 2009 à 16:07

En Europe, le sommet de Copenhague s’est ouvert hier matin. A défaut de chefs d’états, l’équipe de Watch the Waste, en escale à Dakar, a rencontré les habitants de la baie de Hann, un des sites qui figure en bonne place dans le classement des plages les plus polluées du monde.

Le pied à peine posé à terre, la situation de la baie de Hann ne peut qu’être confirmée par nos premières sensations. A la lisière de l’eau, le sol est noirci. Des déchets par centaines s’amoncellent sur le sable. Mais surtout, une odeur de vase peu commune est omniprésente aux abords du ponton qui nous amène jusqu’à terre.


La plage de la baie de Hann. Dans le fond, la couleur originelle du sable, au premier plan, le sol noirci par les diverses pollutions qui touchent le site.

Très vite, nous rencontrons Babacar Fall, président de l’association Siggil Hann qui se bat depuis plus de cinq ans pour la restauration de la baie. Les membres de Siggil Hann habitent tous à proximité de la plage. Les plus anciens ont pu assister à la dégradation de leur cadre de vie : « dans les années 60, cette baie était considérée comme la plus belle plage du monde après celle de Rio de Janeiro ». En effet, ce site réunit des qualités exceptionnelles : de grande taille, on y retrouve un sable d’une rare finesse, exposé plein sud, à l’abri des vents et des courants. Mais aujourd’hui, rares sont ceux qui osent s’aventurer dans l’eau. Les quinze kilomètres de plage qui forment la baie sont devenus un des territoires anthropisés les plus pollués de la planète. Chacun semble ici déplorer un véritable gâchis qui s’est joué en moins de cinquante ans.


Rencontre avec Siggil Hann : de gauche à droite: Mame Yabe Diop, Mamadou Bocar Thiam, Baptiste Monsaingeon, Yann Geffriaud, Pape Sylla, Malang Badian (chef de quartier Marinas), Marcel Diatta, Mamadou Diédhiou, Babacar Tambidou, Mbaye Ndiaye, Pierre sassier, Babacar Fall.
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De Madère aux Canaries…

mardi 10 novembre 2009 à 12:50

Départ prévu ce jour pour Lanzarote ! Avant de prendre la mer, voici quelques remarques sur ce que nous avons pu voir des déchets à Madère…

Près de 300000 personnes vivent sur l’île principale de l’archipel. Pour une île d’environ 750km², la forte densité de population a obligé les autorités régionales à mettre en place des solutions intégrées de gestion des rebuts quotidiens et industriels. On retrouve deux centres d’incinération sur ce caillou posé au milieu de l’Atlantique.

L’économie de l’île est avant tout orientée autour du tourisme (près de 20% du PIB). La pollution du littoral est ainsi un enjeu vital pour chacun. Les paysages grandioses ne sauraient être mis en cause par la présence de débris de la vie terrestre. De nombreuses informations sont observables dans les rues et à proximité des centres de vie: un seul mot d’ordre, le tri sélectif et la gestion raisonnée des déchets. Les centres d’incinération de l’île sont donc alimentés par des déchets propres !

En effet, ici, rien n’existe pour mettre en place un processus de recyclage industrialisé. Le produit du tri permet donc simplement de fournir un meilleur rendement aux incinérateurs. Ceux-ci produisent une énergie qui est encore loin de subvenir aux besoins de consommation de l’île.

L’incinération produit des résidus, déchets ultimes, souvent toxiques. Ici, il n’y a pas assez d’espace pour construire des centres de stockages adaptés. Ces débris de débris, ces restes du reste sont donc renvoyés à terre, généralement par bateau jusqu’au continent.

Ce que nous consommons ici voyage donc beaucoup !

Inspirés par ces aller-retours impromptus, nous quittons Madère dans quelques heures pour rejoindre un des eldorados du tourisme de masse: les Canaries !

A très vite pour la suite !

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